Qui se cache derrière Rose Morvan ?

*Interview du 10 août 2018 remis à jour.

Rose Morvan, bonjour. Tu es la première autrice, un mot que tu affectionnes, à répondre à mon interview.

C’est surtout le mot qui était attesté autrefois ! Au risque de me faire houspiller par les personnes qui ne seraient pas d’accord avec moi, je tiens à ce terme et au combat pour rendre les femmes plus visibles dans les sphères intellectuelle, sociale, sportive, etc.

Voici le moment propice pour parler de toi. Un exercice périlleux, car parler de toi, ce n’est pas ce que tu préfères, n’est-ce pas Rose ?

En effet, je n’aime pas parler de moi. Je pars du principe que le plus important n’est pas qui je suis, mais ce que j’écris. Je cultive la discrétion, ce qui me vaut un manque de visibilité certain. Cette posture n’est pas très moderne à l’ère où il faut se mettre en scène, se montrer sur les réseaux sociaux Tu n’es pas la première à me faire cette remarque, mais difficile d’aller contre sa nature. En résumé, la meilleure façon de me connaître, c’est de me lire☺

À quel âge as-tu commencé à écrire ?

Comme beaucoup de personnes, j’ai commencé à écrire vers l’âge de 15 ans et le titre de mon premier roman était Parce que certains hommes savent être heureux (je l’ai toujours). Je parle d’une époque où j’écrivais à la main, dans des cahiers, sans ordinateur (cela n’existait pas !) Le confinement de 2020 m’a permis de mettre au propre un ancien roman et de mener à terme la version brochée de mes trois romans publiés par Harlequin en 2014 et 2015. La langue française et moi, c’est une longue histoire d’amour.

Quel genre écris-tu et, dans la lignée, quel est ton préféré ?

Mes deux genres principaux sont le contemporain/la littérature blanche, avec souvent une histoire d’amour qui soutient l’évolution de mon personnage principal, une femme jusque-là ; et la fiction historique, une vraie révélation pour moi. Je me sens faite pour cela. En somme, j’écris des destins de femmes. J’ai déjà versé dans l’érotique, le conte, et j’espère un jour écrire de la fantaisie et du fantastique. Mon genre de prédilection reste la fiction historique (XVIIIe/début XXe siècle).

Parmi tes romans, as-tu un préféré et pourquoi ?

J’aime tous mes romans ! Ils reflètent mon évolution dans l’écriture. Mais je dirais que Les Coquelicots de sang occupent une place à part dans ma production. Comme les autres historiques, il m’a donné du fil à retordre dans la documentation, mais j’ai choisi la forme du journal intime polyphonique (désolée, Jc, c’est le mot !), c’est-à-dire qu’on entend la voix de la narratrice, mais aussi celles de ceux qu’elle a croisés ou qui ont partagé sa vie à un moment donné. C’est aussi un hommage aux combattants mutilés de la Grande Guerre. Et mon héroïne exerce une profession atypique pour l’époque.

J’ai une tendresse particulière pour ce roman, au point que j’ai eu l’outrecuidance de le soumettre à de grosses ME, puisque je croyais fort en ce roman. Et puis on se prend la porte dans la figure (pour ne pas être plus vulgaire !).

Petite note humoristique.  Rose me précise que polyphonique est le mot, car je lui ai demandé d’utiliser, lors de cette interview, un vocabulaire à la portée de tous. Lors de nos nombreux échanges, il n’est pas rare que monsieur dictionnaire me porte assistance pour communiquer avec Rose. ♥♥♥

Tu publies en maison d’édition et en autoédition. Quels sont pour toi les avantages et les inconvénients de chacun ?

Comme je suis paresseuse, pour les romans historiques (sauf les Coquelicots de sang) les ME font le travail de diffusion à ma place sur les sites marchands. Je travaille avec deux ME, Gloriana et Something Else Éditions, qui me laissent une grande marge de manœuvre, me font confiance, ce que j’apprécie beaucoup. Je regrette de ne pas être présente dans les librairies physiques. J’espère que cela viendra.

L’avantage de l’AE, c’est la totale liberté de publier ce qui n’entre pas dans la ligne éditoriale de mes deux ME. Faire le travail de A à Z est aussi très enthousiasmant. On publie quand on veut, à son rythme, alors qu’en ME, il y a des calendriers de parution. L’inconvénient de l’AE, c’est que je suis rattrapée par ma paresse : mes romans en AE le sont sur un seul site marchand. Et je ne suis pas assez connue pour vendre sur mon nom.    

Je suis une grande ME. Je viens frapper à ta porte et je te dis : Rose, ton style me plaît, mais Carine et Georges deviennent Robert et Georges, sinon, tu ne signes pas. En clair, je t’oblige à ce que ton roman M/F devienne M/M, tu acceptes (tout, je ferais tout pour publier), tu refuses (et tu retiens ta remarque bien cinglante).

Je ne signe pas, car d’autres seront plus doué. e. s que moi pour écrire du M/M. Si j’avais eu envie d’écrire un tel roman, je l’aurais fait. On peut dire la même chose pour un F/F. Ensuite c’est un manque de respect pour le roman initial et un chantage. Si je suis obligée d’écrire dans un genre dans lequel je ne me reconnais pas ou que je n’ai pas envie de tester, je n’y arrive pas. Je ne me sens pas douée pour du polar, de la chicklit, du thriller, etc., donc je n’en écris pas. Si au départ, j’ai courbé l’échine dans le monde de l’édition, aujourd’hui, c’est terminé. Et je n’oublie pas qu’il y a l’AE pour qu’un roman existe et soit accessible au lectorat.

Je pense que nous vivons une ère éditoriale où le talent n’est plus la seule qualité pour vendre des romans. La publicité que l’on se crée sur les réseaux sociaux est aussi une vitrine de succès. Qu’en penses-tu ?

Hum ! hum ! je te vois venir avec tes gros sabots. Il paraît qu’il faut vivre avec son temps, mais je ne suis pas fan des réseaux sociaux et si je n’écrivais pas, je n’y serais pas. Je n’en fréquente qu’un seul d’ailleurs. Je me suis mise depuis peu sur Instagram, mais ça reste compliqué pour moi pour le moment. Je regrette même que ce soit un passage obligé pour se faire connaître. Cependant je concède y avoir fait la connaissance de personnes très intéressantes et j’y croise mes lectrices fidèles qui me soutiennent et m’encouragent dans mes moments de doute. Je préférerais, et de loin, que le talent et le bouche-à-oreille soient les critères essentiels de l’attirance du lectorat et non des couvertures aguicheuses, des titres formatés ou du matraquage sur les réseaux sociaux. Je pense avoir perdu des ami. e. s en route avec ces propos !

Quant au talent qui serait une qualité pour vendre ses romans, cela reste à prouver… Certain. e. s savent mieux écrire que se vendre, d’autres savent mieux se vendre qu’écrire. Étant donné la masse de la production, je crois que la seconde catégorie est surreprésentée, mais chacun. e a sa chance et il y a de la variété. De même, on est perdu. e dans un océan de productions. Tu sais où me placer.

Je viens de perdre les derniers, dernières ami. e. s qui me restaient grâce à ton ITW, Jc.

Un genre de lecture que tu détestes ?

Je ne vais pas me faire des ami. e. s. Je ne lis pas de chicklit, de polar, de dark, de thriller, d’érotique, et tout ce qui devient à la mode (je me méfie toujours des choses éphémères) mais je comprends que d’autres puissent aimer. Sinon, je déteste tous les effets de mode qui créent des clones de tel ou tel roman, qui copient-collent les mêmes intrigues, les mêmes clichés. Je crois que je n’ai pas besoin de citer d’exemple. Je déteste tous les romans (au-delà des genres) qui dégradent l’image de  la femme, qui utilisent un langage vulgaire (en dehors d’une nécessité romanesque).

Ton plus grand défaut et ta plus grande qualité ?

Depuis que je publie (2014), c’est la procrastination : je préfère écrire que de faire les corvées domestiques ou ranger mon intérieur ! Et dès que je peux écrire, je remets tout au lendemain. Autrement, selon le point de vue où l’on se place : psychorigide, intransigeante, rigoureuse, exigeante. Tu en sais quelque chose, je crois. Mes amies me disent que je suis « attachiante ».

(Oh que oui !)

Un roman intemporel ?

Je dirais plutôt un conte philosophique : Candide de Voltaire.

Le mot de la fin pour nos lecteurs ?

Laissez-vous tenter…

Et merci à toi de m’offrir cette vitrine et la primeur de cet entretien. Je suis très honorée de ce choix. Et intimidée aussi.

Un grand merci à Rose qui aime l’amour du risque et qui a répondu à ma première interview.

Jc

Pour retrouver Rose Morvan sur ses réseaux sociaux :

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