10 questions sur la bêta-lecture

Avant d’attaquer le sujet, il me semble important de préciser la définition des mots « coquille, incohérence et invraisemblance » :

Qu’est-ce qu’une coquille ?

Une coquille est une erreur de composition en typographie, consistant à mettre un caractère à la place d’un autre.

Exemple : si vous oubliez le « q » d’une coquille, vous aurez une couille dans le pâté.

Qu’est-ce qu’une incohérence et une invraisemblance ?

État de quelque chose ou de quelqu’un qui est incohérent, manque de logique : L’incohérence d’un raisonnement.

Exemples :

  • vous décrivez une magnifique plage de sable fin à Lenval (Nice). Vous n’y avez jamais mis un seul pied, vous ne vous êtes pas renseigné sur cette plage qui est réputée pour… ses galets !
  • votre personnage a les yeux bleus et, 6 chapitres plus tard, il a les yeux marron.
  • Votre personnage est doux comme un agneau, mais il lance des pierres sur le premier qui le contrarie.

Qu’est-ce que la bêta-lecture ?

Une lecture approfondie du texte d’un auteur par une autre personne. Le bêta-lecteur va relever les incohérences, les coquilles, donner des pistes pour améliorer le texte lu. Attention, il ne faut pas confondre un bêta-lecteur avec un correcteur, car son rôle n’est pas de corriger. Pourtant, un bêta-lecteur trouvera plus facilement des incohérences si le texte n’est pas criblé de nombreuses fautes d’orthographe, de grammaire et de conjugaison. Il pourra ainsi se concentrer davantage sur le fond sans que son attention soit déviée par ces erreurs. Avant de proposer son texte à un bêta-lecteur, il est donc nécessaire d’avoir procédé à la meilleure correction possible.

La bêta lecture ne s’adresse-t-elle qu’aux auteurs débutants ?

Chaque auteur devrait faire confiance à un bêta lecteur. Le défaut de l’auteur est de connaître son texte par cœur ou du moins d’en connaître son sens. Son cerveau lit le texte en enregistrant un mot manquant tandis qu’un premier lecteur sur le même texte repérera ce détail. Auteur confirmé ou débutant, je pense donc sincèrement que nous avons tous besoin d’un bêta-lecteur.

Une bêta-lecture est-elle payante ou gratuite ?

Beaucoup de bénévoles se proposeront pour apporter leur aide. Je n’ai jamais payé pour une bêta-lecture, mais je suppose que le service, s’il est rémunéré, doit être sérieux. Certains disent que ce service doit être gratuit, mais c’est une discussion que je n’entamerai pas dans cet article. Chacun fait ce qu’il lui plaît !

Une plateforme se charge même de mettre en relation les auteurs et les bêta-lecteurs, ces derniers sont formés et rémunérés pour leur travail : Plumavitae

Que faut-il penser des bêtas lectures bénévoles ?

Aaargh ! Nombreuses sont les bonnes âmes qui se proposeront pour bêta lire votre texte, mais trouver un excellent bêta lecteur est aussi ardu que de repérer une coquille dans votre propre texte. Pour mon premier roman, j’ai eu un nombre incalculable de bêta lecteurs. La plupart m’ont rendu mon texte en me disant : c’est géant, c’est génial, c’est merveilleux ! Mon cou a gonflé comme celui d’une grenouille.

Oui, mais voilà, ces avis ne m’ont rien apporté si ce n’est de la satisfaction personnelle.

Deux solutions :

  1. Vous êtes un auteur parfait. Si en plus, vous êtes réaliste, vous comprendrez que si l’homme parfait n’existe pas, l’auteur parfait existe encore moins. Si un bêta lecteur vous dit que votre texte est parfait, pas de doute, votre bêta lecteur est loin d’être parfait.
  2. Votre bêta lecteur s’est contenté de lire gratuit, de faire son curieux ou il n’a rien compris au principe de la bêta lecture…

Où trouver un bon bêta lecteur ?

Il existe sur FB des groupes qui proposent des bêta lecteurs bénévoles, comme celui-ci Bêta-lecteurs et Bêta-lectrices ou encore celui-ci : AUTEURS CHERCHENT AVIS, CHRONIQUE OU BETA-LECTURE

Il faut parfois chercher longtemps avant de trouver la perle. Le « courant » doit absolument passer entre les deux personnes. Si votre bêta est un auteur également, il doit lire votre texte dans l’optique qu’il est un lecteur et non un auteur. Il peut vous donner des pistes, il ne peut en aucun cas réécrire votre roman. Il peut néanmoins vous proposer des reformulations plus claires, plus efficaces, plus pertinentes.

J’ai rencontré l’une de mes bêta-lectrices sur ce dernier groupe. Une perle qui est allée au-delà de la bêta-lecture : son retour se rapprochait de la correction éditoriale. Et là je suis passée sous les fourches caudines (une expression qui vous épatera, mais ça vient d’elle… 🤣🤣) et j’ai ravalé ma superbe. C’est cela aussi être soumise à une bêta-lecture poussée, mais il faut se dire que c’est une façon de sublimer son roman et de progresser pour les suivants.

J’ai rencontré mes autres bêtas via FB et je dois dire que chacune trouve des incohérences, des coquilles et même des fautes que les autres ne trouvent pas. Si elles lisent cet article, j’en profite encore pour les remercier.

Si votre ego est facilement froissable, ce ne sera pas facile de recevoir les conseils (ou critiques) d’un autre. Tout le monde aimerait entendre ou lire ce genre de compliments : « oh, tu es douée pour l’écriture, un vrai génie! »

Et puis un jour, surgira ce parfait inconnu, honnête et surtout impartial, qui vous dira : « houlala ! Mais il faut revoir une grosse partie de l’intrigue et du texte! » Pas toujours facile à digérer.

Un auteur est un petit être sensible. Si dix bêtas peu exigeants lui disent que son texte est merveilleux et qu’un seul bêta lui dit : « tu dois revoir telle ou telle partie de ton texte, tes personnages sont incohérents, etc. », l’auteur va se sentir perdu ou bien seul tout à coup. Il se remettra rarement en question et éprouvera même de la colère envers cet imbécile de bêta.

Deux solutions :

1. Ouvrir les yeux et se dire que ce dernier bêta a raison. Il faut revoir le texte, quitte à tailler dans le vif ou à changer l’intrigue.

2. Se dire que la personne est une imbécile ou une jalouse, que votre texte est parfait ainsi et refuser d’apporter le moindre changement au roman. Dix contre un ! il ne peut avoir dix mauvais bêtas et un seul bon… si… c’est tout à fait possible.

Pourquoi une bêta-lecture peut-elle être compliquée pour certains lecteurs ?

Il ne suffit pas de dire : je n’aime pas la tournure de la phrase, mais d’expliquer le point faible de cette tournure. Non seulement, le bêta-lecteur rend service à l’auteur, mais il se rend également service, car il apprend des erreurs relevées. Il faut beaucoup de temps devant soi, une bêta-lecture ne peut pas se faire en une seule journée.

Encore une fois, il faut conseiller l’auteur, pas réécrire son texte, même si parfois c’est tentant.

Une bêta-lecture n’est pas une lecture. Cela parait simple à comprendre, et pourtant, beaucoup confondent les deux. Ils lisent, rendent le texte et disent : c’est bien.

Euh… (le euh… représente la consternation de l’auteur qui a confié son texte avec l’espoir de recevoir en retour un avis détaillé.)

Il se peut aussi qu’un bêta prenne votre texte et… ne vous le rende jamais. Soit, il ne l’aime pas et n’ose pas vous le dire. Soit, il s’est rendu compte de l’ampleur de la tâche et a rendu les armes.

L’auteur doit-il suivre tous les conseils de son bêta-lecteur ?

Bien sûr que non. N’oubliez jamais en tant qu’auteur que vous restez toujours maître de votre texte. Suivez seulement les conseils qui vous semblent pertinents. Vous pouvez vous tromper en refusant un conseil, mais vous apprendrez de vos erreurs. Certains bêtas, surtout s’ils sont auteurs vous aiguilleront de cette manière : « moi, j’aurais écrit comme ça. » Ce n’est pas vraiment un conseil pertinent, mais une façon de voir.

Un bêta-lecteur doit-il seulement signaler le négatif ?

Non, jamais ! Ne découragez pas le malheureux auteur qui vous confie son texte. Si une tournure de phrase vous plaît, vous fait rire, n’hésitez pas à le lui dire. Il acceptera les remarques négatives avec plus de souplesse et ce fameux courant passera mieux entre vous.

Un auteur peut-il demander au bêta-lecteur ce qu’il attend de lui ?

Oui. Le bêta-lecteur suivra les pistes que lui fournit l’auteur. Cela deviendra la priorité du bêta, mais cela ne l’empêchera de pouvoir formuler d’autres remarques.

Que faire si le courant ne passe pas entre l’auteur et le bêta-lecteur ?

D’un côté comme de l’autre, n’hésitez pas à le dire. Inutile de perdre son temps, si l’entente n’est pas parfaite. Il y a aussi une question de confiance entre l’auteur et le bêta. Si la confiance ne s’instaure pas ou est brisée, les deux perdront leur temps. Cet échange est aussi une question d’affinités.

Note de Jc : pour cet article, j’ai reçu l’aide de Rose Morvan, auteur de romans et de fictions historiques. Elle nous parle du point suivant :

La spécificité d’une bêta-lecture dans un roman historique

Les choses se corsent lorsque vous écrivez une fiction historique. Vos bêta-lecteurs ne seront pas forcément spécialisés sur la période que vous avez choisie. Ils ne verront pas toujours les anachronismes des coutumes, des mots. Un personnage médiéval ne pourra pas dire : « je lui ai lancé un crochet du droit pendant la bagarre. » Un autre roman évoque la valse et le règne de Louis XIV en 1757, ce qui est totalement anachronique). Là encore, il s’agira de trouver le bêta-lecteur suffisamment calé en histoire (sans exiger de lui qu’il soit un spécialiste) qui relèvera ce type d’erreur. Je ne saurais trop conseiller aux auteurs de vérifier l’entrée des mots dans la langue pour éviter ce genre d’erreur.

Les perles relevées par mes bêta lectrices dans mes romans :

Bêta lecture de Karine dans Les Damoiselles de Castel Dark : il courait la gueuze…
Vous pouvez rire, mais que ma belgitude me pardonne ce lapsus. Il fallait lire, bien sûr, « gueuse »

Bien entendu, c’est Rose Morvan qui a déniché cette perle dans ma fiction historique La Sœur maudite :

« Dans quelques mois, je disparaîtrai de votre vie, donc je ne chercherai pas à vous traîner de force devant l’hôtel.

« Oui, je trouvais le mot beaucoup plus joli qu’autel !

Commentaire de Rose, qui, comme vous le remarquez, ne se moque pas ou si peu : « Mais oui bien sûr !!! et avec service d’étage ? et vue sur mer avec balcon ???Tu me fais rire. Tu fais ma soirée. »

Faute avouée, à moitié pardonnée. Lorsqu’on tient un blog où l’on donne des conseils sur le style d’écriture aux auteurs et qu’une bêta retrouve le paragraphe suivant dans ton texte, ça fait mal…

On peut rire, mais on ne se moque pas. » En moins de cinq minutes, tous les chariots rejoignirent la cathédrale de Chelmsford. Le trajet dura près d’un quart d’heure. »

Quand tu lis cette remarque de Rose Morvan sur ton texte ultra-romanesque…

« Abasourdi par tous ces reproches, il tenta de se défendre, mais la porte se referma derrière Isolde. Le froid engourdit ses membres et il se rhabilla avec précipitation. Le froid ou l’absence de la jeune femme ? Les jambes tremblantes, il s’assit sur le lit pour réfléchir. Cette sensation douloureuse au creux de l’estomac, était-ce cela qu’on appelait le manque ?

Commentaire de Rose Morvan : « non, c’est ce qu’on appelle la faim ! »

Julie-Anne Bastard s’est moquée en lisant cette phrase…

Le vent fouettait ses chevaux…

Eh ben quoi ? La preuve en photo que ça se pourrait… (mauvaise foi jusqu’au bout…)

Pour terminer cet article en beauté, le témoignage de Rose Morvan, une de mes fidèles bêta lectrices depuis le début de mes écrits.

Témoignage de Rose Morvan

J’ai « rencontré » Jc en 2018, sur le site AUTEURS CHERCHENT AVIS, CHRONIQUE OU BETA-LECTURE. Je crois que c’est avec elle que j’ai commencé cette activité. Elle avait passé son annonce pour le tome 1 de sa saga. À vrai dire, écrivant moi-même de la fiction historique, je voulais savoir ce que faisait la « concurrence ».  Et lorsque j’ai commencé à lire son roman, je me suis dit : « Diantre ! Qu’allais-je faire dans cette galère ! » Si le style tenait globalement la route, je trouvai des incohérences et des anachronismes. Pensez donc ! Les personnages buvaient du thé, alors qu’il n’est arrivé en Europe qu’à la Renaissance et s’est répandu en Angleterre au XVIIe siècle. De même les heures étaient mentionnées comme aujourd’hui dans son roman, alors que la vie était rythmée par les Matines, les Laudes, le Prime, la Tierce, la Sexte, la None, les Vêpres et les Complies.

Jc est devenue ma victime consentante ! Ce que j’ai apprécié, c’est qu’elle a compris dans quel sens elle devait travailler et elle a beaucoup progressé d’un roman à l’autre.

Un merci particulier pour mes bêtas lectrices : Rose Morvan, Karine Fichter Barnoud, Julie-Anne bastard et Catherine Mariuzzo.

Et vous ? En tant qu’auteurs, utilisez-vous les services d’un bêta-lecteur ? Qu’en pensez-vous ?

Si vous êtes bêta-lecteur, votre expérience m’intéresse également.

Dites-moi tout.

Jc

4 commentaires sur « 10 questions sur la bêta-lecture »

    1. Oui, normalement ce sont aux éditeurs à se charger des corrections éditoriales. Mais à part dans les grandes maisons d’édition, les autres auteurs peuvent toujours rêver pour avoir ce genre de révisions…

      Aimé par 1 personne

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