Écrire son roman à la 1ère ou à la 3ème personne du singulier ?

S’il existe un sujet polémique sur lequel je suis très chatouilleuse, c’est bien celui-ci : la critique négative de l’écriture d’un roman à la troisième personne ; ce choix désastreux où le pauvre lecteur ne peut ressentir aucune émotion ni se mettre à la place du héros ou de l’héroïne. Une affirmation de plus en plus diffusée par certaines lectrices, chroniqueuses et, impensable, même par des auteurs…

Bordel de cul, de nouilles, de… ! (complétez par toutes les insultes que vous connaissez!)
En passant sur Instagram, j’ai lu le retour de lecture d’une chroniqueuse sur le roman d’un collègue auteur. Elle expliquait qu’elle n’avait pas su « rentrer » dans le roman parce qu’il était écrit à la 3e personne. L’auteur concerné s’est excusé. Je crois que c’est vraiment ce qui m’a le plus choquée : l’auteur s’est excusé ! Depuis quand l’auteur doit-il s’excuser pour son choix de narration ? Je le dis franchement : il y en a marre !

Kaamelott

Sincèrement, si vous lisez un roman dont l’héroïne est idiote, désirez-vous vraiment vous identifier à elle ?

Lire et écrire à la troisième personne est à la portée de tous et toutes. Il suffit de savoir lire et de savoir écrire, c’est simple.
Si vous lisez à la première personne et que vous aimez ce style, vous pouvez vous sentir insulté(e) par mes propos. Pourtant, à partir du moment où vous précisez que : je n’ai pas su « rentrer » dans le roman, car écrit à la troisième personne ou : je n’ai pas su m’identifier au personnage parce que l’histoire est racontée à la troisième personne ou encore : le roman aurait pu être chouette si l’auteur avait écrit à la troisième personne, vous entamez les hostilités envers l’auteur qui choisit ce mode de narration. L’écriture à la première personne n’est pas une obligation ni la nouvelle manière d’écrire, même en romance !

Amis auteurs, ne vous laissez jamais influencer par ce genre de commentaires, vous devez écrire dans le style narratif qui vous convient. Si vous avez un doute, je vous conseille même d’écrire le premier chapitre à la première ou à la troisième personne, afin de voir dans quel style vous vous débrouillez le mieux.

Je ne prône ni ne revendique la narration à la troisième personne, même en historique! Je sais que certains lecteurs ou lectrices pensent aussi qu’un roman historique doit être écrit à la troisième personne. Oui, si les personnages sont nombreux, c’est conseillé. J’ai lu un roman historique à la première personne et les personnages secondaires de l’auteur étaient si intéressants que j’aurais aimé en connaître un peu plus sur leur personnalité. Si l’auteur avait choisi la narration à la troisième personne, il aurait dès lors été possible de développer le caractère de chacun. Néanmoins, je ne condamne pas le choix de la première personne s’il est pertinent.

Certains propos sont irritants, comme ceux des lecteurs qui boycottent les romans à la troisième personne tout en étant persuadé que l’auteur écrit mal. Au risque de me faire des ennemis, je dénonce aussi le comportement de certains auteurs persuadés d’avoir inventé le fil à couper le beurre et qui clament : une bonne romance ne peut être écrite qu’à la première personne. Avec de tels propos, il n’est pas étonnant que le genre soit largement critiqué.

Pour commencer, étudions d’un peu plus près trois types de narration.

  • La focalisation externe : Le narrateur est un simple observateur, il ne s’implique pas dans l’histoire, il ne connaît pas les pensées des personnages et il ne donne pas son avis. Ce point de vue extérieur sans interprétation est comparable à une prise de vue réalisée par une caméra. Le lecteur en sait donc moins que les personnages. ce point de vue externe consiste à raconter les événements par un narrateur qui est témoin. Les informations se limitent donc aux actions, aux gestes, aux paroles… Les pensées et les sentiments des personnages restent inaccessibles et le narrateur ne peut qu’émettre des hypothèses à ce sujet.

Exemple : Au début de cette semaine, la jeune fille entra dans la bibliothèque au moment même où l’école fermait ses portes. Elle s’enferma dans la pièce avant de s’asseoir à table.

  • La focalisation interne : Le narrateur raconte l’histoire du point de vue d’un personnage précis. Il peut s’agir d’un récit formulé à la 1re personne comme à la 3e personne, les événements seront tout de même perçus et interprétés par le personnage. Le narrateur décrit ce que voit, pense, ressent et fait le personnage. Le lecteur connait les pensées du personnage. Pour autant, il n’est pas obligatoire qu’il s’identifie à lui. L’auteur peut également utiliser le double ou le triple point de vue et même plus… dans ce cas, je vous conseille tout de même de passer à la troisième personne au risque de perdre le lecteur.

Exemple à la première personne : Je frissonne de peur tandis qu’il passe ses bras autour de mes épaules. Aussitôt, ma peau se réchauffe et je ressens un bien-être absolu.

Exemple à la troisième personne : En ouvrant les yeux, Jean aperçut cette frêle jeune fille qui le fixait avec insistance. Il crut entendre un son sortir de sa bouche. 

  • La focalisation zéro également appelée le point de vue omniscient : Le narrateur omniscient sait tout de la situation qu’il décrit : il connaît les pensées, les sentiments, les avis de tous les personnages ainsi que les relations qui les lient les uns aux autres, leur passé et leur futur. Le narrateur a la possibilité, dans le cadre de l’action, de se déplacer dans l’espace et le temps. Le lecteur connait les sentiments des personnages, des sentiments que ces derniers ignorent parfois et même souvent.

Exemple : Elle pensait à lui chaque jour, chaque nuit. Sa présence lui manquait. Ce qu’elle ignorait, c’est qu’en cet instant, il parvenait à peine à fermer les yeux. Il pensait à elle.

Dans un même texte, un auteur peut mélanger les focalisations. Je vous conseillerais même de ne pas utiliser en permanence la focalisation externe au risque d’ennuyer votre lecteur. Même s’il ne désire pas connaître la couleur du string de votre héroïne, il aime tout de même en connaître un peu plus sur son caractère.

Ce que vous devez également savoir.

  • Dans certains romans, l’emploi du « je » est une obligation, comme la biographie. Si vous parlez de vous à la troisième personne, les lecteurs vont penser : hein, hein, hein, le prétentieux !
  • Et pourquoi pas le « tu » ? Ce récit est une technique littéraire dans laquelle le narrateur s’adresse au lecteur, celui-ci étant le personnage principal ou un autre personnage récurrent au sein de la narration. Les romans écrits dans ce choix de narration restent rares.
  • Si vous choisissez le point de vue en « je », évitez les erreurs qui découlent souvent de ce genre de narration. Vous verrez qu’utiliser l’emploi en « je » n’est pas si aisé que certains le pensent.

Exemple 1 : On frappe à la porte. Je me demande qui ça peut-être. Maman se ronge les ongles derrière la porte en se demandant si je vais lui demander d’entrer.

Exemple 2 : Notre conversation au téléphone se passe bien. Je sens que je vais bien m’entendre avec Bastien. Zut ! Il crache presque dans l’appareil, il vient de se rendre compte qu’il a taché son pull !

Euh… les narrateurs possèdent un Walabote à la place des yeux ?

Conclusion :

Si vous hésitez entre plusieurs options de narration, n’hésitez pas à écrire vos chapitres dans les différentes propositions. À la relecture, vous choisirez le mode qui vous convient le mieux.

Faites attention aux incohérences selon la focalisation choisie. Si vous optez pour la narration en « je », votre personnage (à moins de posséder des dons divinatoires) ne peut savoir ce que pensent les autres et ne peut pas non plus voir à travers les portes.

Ne vous laissez pas influencer par les lecteurs et les lectrices. Un auteur ne doit pas écrire à la carte au risque de perdre sa personnalité, son essence. Ne vous excusez jamais d’avoir choisi tel ou tel mode de narration.

Pour terminer, une anecdote :

Discussion avec un auteur qui prétendait qu’une bonne romance ne pouvait être écrite qu’à la première personne et qui osait même prétendre que cette dernière était la seule narration possible pour ce genre. Voilà ce que je lui ai répondu :

« Je tente l’expérience, hein ! »

Elle lui suce le gland avec vigueur.

Je lui suce le gland avec vigueur.

« Purée ! Elle avait raison, je le sens beaucoup mieux à la première personne ! »

L’âge de glace

À vos plumes !

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