Giovanni Portelli en direct d’Aliandra

Giovanni Portelli, vous connaissez ? Ne soyez pas intimidé(e)s de répondre non. J’ai dû secouer l’auteur comme un prunier pour l’obliger à sortir de sa grotte. Il manie les mots avec dextérité pour écrire ses romans, mais pour sa pub, ces mêmes mots restent coincés au fond de sa gorge. Normal, me direz-vous. Un auteur doit se contenter d’écrire et pas de jouer les marchands de tapis pour vendre ses bouquins. Oui, ça, c’était avant…

Pour ma part, je trouve dommage de rester dans l’anonymat lorsqu’un auteur a autant à partager avec ses lecteurs. Il va être furax après moi, j’ai joué les fouines sur Google pour trouver cette photo, mais je sais que vous les lecteurs, vous aimez au moins savoir à quoi ressemble votre auteur favori. Fils de Casanova et de Victor Hugo, voici en exclusivité pour le blog, l’unique Giovanni :

Je l’ai également sollicité pour une présentation et je lui ai demandé une intro qui claque ! Voilà qui est fait :

Ne vous attendez pas à un aventurier sorti de douze ans dans la jungle, son petit carnet dégorgeant de dessins à la Almásy, un CV tellement chargé qu’il remplirait la poubelle de bureau du moindre employeur en un lancer. L’auteur dont il est question ici a un peu voyagé, mais guère plus loin que les hauteurs du Trentin, et de la Manche à la Méditerranée, avec un séjour prolongé à deux pas de l’Atlantique. Si l’océan aurait pu ravir son cœur et sa plume, c’est finalement le ciel qui emporte enfin son imaginaire. À l’époque, les histoires de super héros souffraient moins de leurs effets spéciaux limités que de leurs archétypes aux dialogues plats, sur les rails de leur mission où leurs talents mis en exergue toute la première partie du récit résolvent précisément le pépin qui menace un temps de rayer le monde de la carte. Et sortie de la Tour Eiffel et de la Côte d’Azur, la France n’était qu’un trou perdu comme le reste de l’Europe…

À l’époque, mes lectures étaient éclectiques, j’étais assez curieux, je pouvais passer de Kessel à des livres jeux dont on est le héros, avec un détour par les BD, faute d’avoir le temps et la possibilité de me plonger davantage dans les séries télé. Ma mère tenait à ce que je dorme suffisamment et je ne devais connaître de vraie nuit blanche qu’à l’adolescence lorsque, à la faveur d’une idée bateau, je me laissais aller sur des petits cahiers de brouillon recyclés, à grands carreaux uniquement. J’en ai vidé des cartouches d’encre, à la lumière de ma petite lampe de chevet, hélas située sur le côté gauche de mon lit et à laquelle je dois ma myopie actuelle.

Arrivé au lycée, j’ai pondu quatre vraies nouvelles plutôt longues mais je suis chaque fois frustré de finir les romans que je lis. Je veux des suites, aller plus loin, voyager plus grand entre les pages. Et la petite pile de mes cahiers commencent à faire germer une idée folle, réunir quatre récits particulièrement éloignés dans le genre et dans les époques abordées en un seul grand roman, un roman fleuve comme on disait alors. Aliandra serait la fusion de ces planètes en une seule et même galaxie et leur connexion l’enjeu du nouveau récit à venir. Bon ça ne s’est pas fait d’un claquement de doigts, plutôt six ou sept faux départs – de plusieurs centaines de pages à chaque fois, soyons fous – avant d’arriver aux grandes lignes de la version actuelle.

En tout, il me faut douze ans pour avoir tous les tenants et aboutissants de l’aventure, l’histoire personnelle du moindre quidam, même celui qui fait coucou à la page 344 du sixième tome, la langue, la culture, le mode de vie et l’habitat de mes quatorze ethnies, les liens subtils qui lient les personnages. Un travail de fourmi dont je n’ai guère retenu qu’une petite partie au final, pour ne pas produire un monstre de 10 000 pages parfaitement imbuvable !

Il y a bien la question du pourquoi une telle entreprise, quelle motivation pour porter ce projet aussi loin ? Finalement il y a des auteurs de série qui sortent un opus à la fois, d’autres qui coupent finalement leur projet en trilogie. Mais un roman en neuf parties, une énnéalogie, ça relève déjà de l’exception chez un jeune auteur. Donc on peut déjà exclure le projet d’en vivre, parce que je ne pouvais pas publier le début sans être sûr que la fin soit raccord avec lui. La cohérence est un cheval sauvage qui vous désarçonne parfois pour un mot, une anecdote, même amusante pour le coup. On peut aussi éjecter la recherche d’un public ou un besoin de reconnaissance. J’aurais largement opté pour la chanson et les télé-crochets pour ça, d’autant plus que cela revenait à la mode début 2000. Alors quoi ? Quelle muse peut pousser un ado de quatorze ans dans une telle épopée, une croisade presque ? Eh bien la solitude figurez-vous.

Je suis né à une époque où les meilleurs avaient la cote. Les moyens qui n’excellaient en rien n’intéressaient personne, que ce soit les adultes dont on espérait l’approbation, les amis qu’on pensait impressionner ou simplement intéresser. Et dénué du plus petit atome d’esprit de compétition, de la moindre once de jalousie pour qui que ce soit, il m’a été d’autant plus facile de baisser les bras que les finances n’ont jamais été au beau fixe au point d’envisager de tenter quoique  ce soit, sorti des seules heures de classe qui me sortaient de la maison.

La maison, on était bien. Grandes chambres, grand jardin, grand vide autour, une poignée de jeunes dans le village, mais guère en phase. J’ai rapidement opté pour des balades avec mon chien et des heures dans la forêt ou dans ma chambre, à rêver ce que je ne pouvais vivre. Et mon esprit s’est pour ainsi dire adapté à cette double-vie, jusqu’à déborder sur le papier de ce trop-plein d’imagination. Je n’avais que quelques jouets et déjà l’âge de ne plus trop y jouer sans honte. L’informatique balbutiait, le téléphone coûtait cher. Les petits cahiers de brouillon ne me servaient guère. En classe tout coulait tout seul, le premier jet était souvent le seul.

Ils sont devenus mes confidents de papier jusqu’à prendre la place de ces êtres qui ne peuplaient pas mon enfance d’amitié et de sorties. Ainsi ce qui me vaut d’avoir écrit tout ça est aussi la source de ce qui m’empêche encore de le proposer naturellement aux autres de nos jours. La peur de déranger plus que la timidité, ce sentiment d’être hors du groupe, hors de la conversation, spectateur de la vie des autres plus que partie prenante, une intelligence dédiée à l’organisation de mes créations, l’apprentissage des notions essentielles pour leur donner un peu de réalisme. Plus on écrit, plus on se pose de questions et la curiosité satisfaite ouvre d’autres champs de possible et on s’abreuve d’un savoir qui hélas ne grave rien de bien constant dans ma mémoire. Du coup, tenir une conversation sans douter toutes les trente secondes de ce qu’on raconte est presque intenable, et on lui préfère le silence, ce qui rend tout acte commercial pratiquement impossible.

C’est donc avec ce drôle de comportement que je séduis ma femme à l’écrit, à travers les premiers chats sur Internet, du temps où parler m’était difficile, ou alors par logorrhées étouffantes, souvent nourries par mon obsession du moment, le chapitre en cours. Ma carrière pro a probablement souffert de ne jamais arriver qu’au second plan du fil de mes pensées, mais jamais ma vie de famille qui m’a pratiquement arraché à mon ouvrage. Nous construisons à quatre une espèce de patchwork qui a donné un toit, un jardin et deux enfants épanouis et plutôt équilibrés ! Et je reviens alors à l’écriture avec une nouvelle motivation, réduire cette fracture entre nos générations, en espérant les rencontrer quand ils auront mon âge, à travers mes mots, clin d’œil entre les lignes. À partir de Faustine et l’épisode 4 d’Aliandra, qui ont été écrit à la même époque, cette idée de transmission m’a touché, et mes histoires se destinaient enfin à un public, plutôt que limitées à l’écho de mes émotions et de mes rêves. D’ailleurs Faustine est une espèce de croisement entre ma femme et ma fille, avec des touches de chacune d’elle, et parfois des vérités qui ont transcendé les lignes pour se réaliser dans la vie des années plus tard!

Le cadre de mes histoires a suivi mon parcours. Faux Semblants et Aliandra 1 sont des projections des lieux que j’ai connus enfant et jusqu’à jeune adulte. Faustine 2 se situe à Cambrai où je vis depuis des années, et Faustine 3 dans la Baie de Somme que je découvre chaque été un peu plus.

Un sujet d’actualité pour les auteurs qui ne sont pas exposés en librairie concerne la publicité, surtout celle des réseaux sociaux. Curieuse, j’ai demandé à Giovanni de préciser pourquoi il n’inondait pas les groupes de ses pubs. Voici sa réponse :

Ma femme est jalouse et j’en avais marre de creuser des trous en forêt chaque lendemain de salon littéraire pour enterrer celles qui me manifestaient trop d’intérêt. Du coup, je fais profil bas…

Plus sérieusement, j’ai été actif sur les réseaux, plus ou moins efficacement. Mais 40 nouveaux auteurs chaque jour, ça fait beaucoup de coquelicots pour un si petit terrain vague. Et comme j’écris dans une niche pour pincher faméliques, inutile de brasser les foules en vain.

J’ai nourri un blog au fil des parutions, vendu quelques livres au hasard de conversations et de belles rencontres numériques. Et acheté ma première chronique pro au bout de 4 ans d’autoédition. Probablement, mon écriture « kaizen » a-t’elle impacté mon audace. Je pense toujours pouvoir améliorer ce que je produis, ce qui discrédite forcément le commerçant, sauf s’il s’agissait de logiciels. On est toujours content de faire une mise à jour même si cela soulève l’imperfection du produit acheté présumé abouti…

Et puis il y a des carences en communication visuelle, en design et en marketing. Mais quelque part je rejette en bloc la publicité pour le conditionnement auquel nous sommes soumis depuis que la télé existe et plus encore sur Internet. Donc, négliger l’enveloppe et me concentrer sur le contenu, ça résume assez bien le personnage, je trouve.

Et c’est même l’une des lignes de fuite de mes récits, amener à dépasser le semblant, même s’il fait partie de l’identité revendiquée de l’autre, pour cerner l’intention, sa vérité intrinsèque.

Giovanni.

Pour le retrouver sur ses réseaux sociaux :

Sur mon blog, vous pouvez également retrouver mon retour de lecture sur sa saga Aliandra, ici.

Ainsi que le retour de lecture sur le roman Faux-semblant, ici.

Faux Semblants de Giovanni Portelli

Connaissiez-vous cet auteur ? Cette présentation vous donne-t-elle envie de découvrir son univers ? Si oui, n’hésitez pas à vous abonner à ses réseaux sociaux.

4 commentaires sur « Giovanni Portelli en direct d’Aliandra »

    1. Je suis également ravie d’avoir fait ta connaissance. C’est un fait avéré que les auteurs masculins dénigrent ou snobent bien souvent leurs comparses féminines. Tu ne fais pas partie de cette « élite » et je t’en remercie.

      Aimé par 1 personne

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